Qu’est-ce que la conscience ?
Quelques pistes de réflexion
Puisqu’on nous a posé cette question — essentielle s’il en est — à l’occasion du festival Conscience en Abondance, tentons d’y apporter quelques éléments de réflexion.
Commençons peut-être par dire ce que la conscience n’est pas.
De notre point de vue, la conscience ne peut être réduite à un simple produit de l’activité neuronale du cerveau — une position que certains philosophes de l’esprit, comme David Chalmers, ont déjà remise en question à travers la notion de « hard problem » de la conscience. Cette vision, héritée du matérialisme classique, considère la conscience comme une conséquence des processus biologiques et cognitifs.
Or, un nombre croissant d’observations — expériences de mort imminente (EMI), phénomènes dits « psi » comme la télépathie, récits mystiques ou encore sorties hors du corps — viennent questionner sérieusement cette hypothèse.
Il y a encore quelques années, ces questions alimentaient essentiellement les soirées entre amis au coin du feu, mais désormais (sans doute un signe des temps qui changent) de plus en plus de scientifiques s’en emparent et l’on peut trouver de nombreux sujets de thèses sur ces questions, que ce soit dans le champ de la psychiatrie, de la psychologie ou de la psychanalyse - on encore au carrefour avec la physique quantique (Philippe Guillemant, Emmanuel Ransford, Eben Alexander).
Sans prétendre trancher définitivement le débat, car il nous faut toujours veiller à faire preuve de discernement et ne pas sombrer dans le foure-tout “new age” face à l’inexpliqué… ces éléments nous invitent à envisager une autre possibilité :
Celle d’une conscience qui ne serait pas produite par le cerveau, mais plutôt reçue, « filtrée » ou exprimée à travers lui — une hypothèse que l’on retrouve, sous d’autres formes, chez certains chercheurs comme Dean Radin, Rupert Sheldrake ou encore Renaud Evrard, en France.
Dans cette perspective, la conscience pourrait être comprise comme une réalité non physique — un principe fondamental — capable de porter de l’information, du discernement, une forme de connaissance de soi et de l’environnement.
Autrement dit, la conscience serait moins un “produit” qu’un sens — ou, pour reprendre une intuition que l’on retrouve chez Henri Bergson, ce qui rend possible le « fait d’être » une expérience subjective, irréductible à ses mécanismes matériels.
Un sens particulier, qui ne capte pas des stimuli extérieurs comme le toucher ou la vue, mais qui permet l’accès à l’expérience elle-même : percevoir, juger, ressentir, comprendre - et évoluer en fonction de ces expériences. La conscience serait ce qui rend toute expérience possible.
Mais cette conscience ne serait pas limitée à l’être humain.
Elle semble, au contraire, présente à tous les niveaux du vivant — et peut-être même au-delà du plan matériel. Minéraux, végétaux, animaux, humains : tous participeraient, à leur manière, à une forme de conscience. Non pas identique dans ses manifestations, mais analogue dans son principe.
La différence ne tiendrait donc pas à la présence ou non de conscience, mais à son degré d’expression et aux structures qui la manifestent. Chaque créature de la création serait ainsi une sorte de point de contact du divin dans l’environnement, capable de percevoir et de retransmettre l’information en temps réel.
Chez l’être humain, par exemple, la conscience s’appuie sur des outils spécifiques : langage, mémoire autobiographique, complexité émotionnelle. Ces éléments enrichissent l’expérience consciente, sans pour autant en être l’origine.
Idem chez les animaux, les plantes ou les minéraux. Dès lors, une hypothèse se dessine : celle d’une conscience universelle, dont chaque être vivant serait une expression singulière — une intuition ancienne que l’on retrouve chez Spinoza.
Cette conscience universelle porterait en elle une forme de mémoire — non pas nécessairement individuelle, mais structurelle — permettant à la vie de s’organiser, de se différencier, de se déployer. C’est elle, peut-être, qui fait qu’une graine devient un bambou ici, un rosier ailleurs, un bébé humain ou un perroquet.
C’est peut-être également elle qui intervient chez ces enfants qui expriment des souvenirs de vies antérieures ou des aptitudes à la xénoglossie (cf. JdS de janvier 2026), phénomènes rares mais suffisamment récurrents pour faire l’objet de recherches de la part de scientifiques depuis des décennies (Ian Stevenson)...
Chaque individu n’aurait alors accès qu’à une fraction localisée de cette conscience, suffisante pour son expérience propre. Ce que nous appelons “moi”, ou “personnalité”, pourrait être compris comme cette focalisation particulière de la conscience, filtrée par un corps, une histoire, un environnement.
Dans ce cadre, il devient utile de distinguer plusieurs niveaux :
le corps, comme support matériel
l’âme, comme support de l’Esprit dans l’incarnation
et l’Esprit, comme dimension reliée à la conscience universelle
La conscience, elle, ne serait pas un « pont » distinct de ces dimensions, mais plutôt ce par quoi elles sont vécues et reliées entre elles — le champ même de l’expérience, à travers lequel le corps, l’âme et l’Esprit prennent sens et deviennent connaissables.
Autrement dit, la conscience ne serait pas un intermédiaire, mais la condition même de toute relation, de toute perception, de toute existence vécue.
Il va sans dire que si l’on suit cette voie, la conscience ne peut être qu’éternelle, en tant qu’elle participe d’une conscience universelle hors du temps et de l’espace.
La vie incarnée — dans un corps, sur une planète — n’en serait alors qu’une étape : une expérience singulière, ajustée aux conditions propres de chaque existence, et essentielle en ce qu’elle permet à la conscience d’évoluer au contact de la matière.
Car c’est peut-être précisément dans cette confrontation au réel, dans la limitation, dans l’épreuve, dans la relation aux autres et au monde, que la conscience trouve les conditions les plus fécondes pour se transformer — à la fois dans une dynamique personnelle et dans une perspective plus vaste, collective.
Dans cette perspective, le festival Conscience en Abondance - qui se tiendra du 31 juillet au 2 août en Haute-Savoie - se veut une mise à l’honneur de cette conscience à l’œuvre dans l’univers. En réunissant des consciences singulières, venues partager, expérimenter et se relier, il devient possible de faire émerger un espace commun — une qualité de présence — où la célébration, la gratitude et la joie prennent une dimension collective.
On pourrait dire qu’il s’y forme, à cette occasion, une forme d’égrégore, un champ de conscience harmonique qui, modestement et à sa mesure, participe à poser une première pierre dans l’édifice d’une civilisation plus consciente, plus fraternelle, plus responsable, et peut-être plus reliée au divin.

