Justice et Miséricorde !
On revient sur l'intervention de Vincent Bolloré devant la commission d'enquête sur l'audiovisuel public…
Chère amie, cher ami,
Aujourd’hui je vous propose une analyse de texte… et une opinion.
Mardi 24 mars, Vincent Bolloré, le fameux “patron de Cnews”, était convoqué à l’Assemblée nationale par la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, en tant qu’actionnaire indirect du groupe de production Banijay via sa société Vivendi.
Pourquoi Vincent Bolloré est-il convoqué en commission d’enquête ?
C’est parce qu’il est au coeur du système médiatique (comme une poignée d’autres milliardaires) “mainstream” qu’il a été convoqué.
Les députés cherchent à comprendre plusieurs points sensibles :
L’indépendance éditoriale des rédactions : des accusations récurrentes évoquent une ligne éditoriale orientée, voire des interventions directes dans les contenus.
La concentration des médias : Bolloré détient une part importante du paysage médiatique, ce qui soulève des inquiétudes sur le pluralisme de l’information.
Les méthodes de gestion : certains témoignages d’anciens journalistes font état de pressions, de changements brusques de ligne éditoriale ou de mises à l’écart.
L’impact démocratique : la commission cherche à évaluer si cette influence peut peser sur le débat public et l’opinion.
Je vous rappelle que l’“empire Bolloré”, c’est une constellation :
Certains d’entre nous le savent depuis longtemps… d’autres le découvre sur le tard avec amertume : les médias mainstream sont des organes de propagande.
Leur but est de distiller l’information - pas toute - juste celle qui permet de maintenir les gens en esclavage - esclaves de l’information, de l’urgence, de l’autorité, etc.
Les médias sont les pros pour vous faire passer des vessies pour des lanternes… ou des crétins notoires pour des génies, ou encore des criminels pour des victimes.
Et dans cette machine à blanchir les mains sâles, il y a “l’affaire Morandini”, dont les députés s’interroge du maintien à l’antenne depuis qu’il fut condamné et reconnu coupable de corruption sur mineurs…
Petite parenthèse pour souligner le fait que c’est vraiment dans l’aire du temps : nous sommes dans une période de dévoilement - apocalyptique - de tout ce qui avait été caché jusqu’à présent… et notamment - mais hélas pas que - sur la thématique pédo-criminelle.
Pour rappel : qui est JM Morandini, de quoi est-il accusé ?
Jean-Marc Morandini est un animateur et producteur français, connu notamment pour ses émissions consacrées aux médias.
Il a été accusé d’avoir, en 2016, incité de jeunes hommes à se livrer à des actes à caractère sexuel dans le cadre de castings fictifs.
En 2022, la justice française l’a reconnu coupable de « corruption de mineurs » et l’a condamné à une peine de deux ans de prison avec sursis, assortie d’une inscription au fichier des délinquants sexuels.
Si vous souhaitez revoir la séquence (<3min) :
Question de la députée Sophie Taillé-Polian :
“Pensez-vous que le soutien sans faille de la direction de C News à monsieur Morandini était juste étant donné le pouvoir d’influence et d’exemplarité dont on fait preuve la télévision dans notre société.”
Réponse de l’intéressé (légèrement modifiée sur la forme par l’IA) :
En ce qui concerne l’affaire Morandini, évidemment, bien sûr, je condamne absolument tous les faits délictueux, et c’en est un grave sur lequel tout le monde est d’accord.
Parce que les problèmes ( … ) moi, j’ai quatre enfants, neuf petits-enfants, on a tous des enfants — ou pas d’ailleurs — mais ce sont des sujets insupportables.
Il n’en reste pas moins que, dans ces moments-là, il y a deux forces qui s’affrontent.
Il y a d’abord la justice. Voilà, quelqu’un fait quelque chose comme ça, il doit être condamné. Voilà, la justice, elle est passée. Et la justice, qu’est-ce qu’elle a dit ?
Dans le cas de Jean-Marc Morandini, elle a dit : deux ans de prison avec sursis. Sursis, ça veut dire deuxième chance. Ça veut dire : tant que vous ne faites rien, vous ne ferez pas de prison. Si vous recommencez, vous irez en prison.
Mais la justice est passée.
Et puis après, il y a une deuxième vertu qui s’affronte : c’est le pardon. Voilà. Est-ce qu’on pardonne aux gens qui ont fait des choses ? Ça, c’est un vaste sujet. Et autant c’est facile de pardonner aux gens qui sont très lointains, et ça vous est égal, autant le pardon, quand c’est un préjudice qui vous concerne, c’est presque insupportable.
Voilà. Mais je vous l’ai dit tout à l’heure : je suis chrétien. Nous sommes deux milliards, et je récite tous les jours le Notre Père, dans lequel je dis : « Notre Père qui es aux cieux, pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons les offenses. »
Voilà. Donc je pardonne.
Les dirigeants de CNews, je pense, ont pris les bonnes décisions. C’est-à-dire, d’abord, ils ont laissé monsieur Morandini regretter amèrement, par écrit, ce qu’il avait fait. Il a fait une déclaration en disant : « Je regrette amèrement. » Et ensuite, il a démissionné, il est parti.
Voilà. Donc je pense que, malheureusement, la justice est passée, et maintenant la miséricorde doit passer. La miséricorde, le pardon, ce n’est pas une faiblesse, c’est une force. Parce que la miséricorde, elle vous libère. Elle libère l’autre, mais elle vous libère.
Voilà. Et moi, je ne fais pas partie — je n’ai jamais fait partie et je ne ferai jamais partie — de ceux qui hurlent avec les loups sur tout problème.
Voilà. Donc ce sont des histoires dramatiques, mais dans toute structure humaine, vous avez ce genre d’histoires qui arrivent. Et donc, il faut justice et miséricorde.
Quel est le problème dans son discours ?
Par où commencer ?
Déjà, le fait que la « justice ait été faite » peut se discuter. Il ne suffit pas d’avoir été jugé et condamné pour être pardonné de ses actes — et encore moins pour être guéri dans le cadre d’une maladie.
Si l’on voulait adopter une approche compatissante envers les criminels sexuels, on pourrait reconnaître qu’il existe, dans certains cas, une dimension pathologique.
Mais dans ce cas, la prison — qui traite le préjudice social — n’est pas un remède : c’est une sanction nécessaire mais sur un registre du droit.
Et en l’occurrence, il s’agit ici d’une peine avec sursis, assortie d’une inscription au fichier. La question du soin, elle, relève d’un autre cadre.
Ensuite, sur le pardon.
Vincent Bolloré semble faire référence au pardon que l’on peut accorder à une personne proche, qui aurait commis un acte répréhensible à notre égard.
D’ailleurs, il est intéressant de relever le lapsus dans sa formulation du Notre Père :
« Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés » devient : « pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons les offenses ».
Ce n’est pas anodin. On ne parle plus ici de pardonner à quelqu’un qui nous a offensé personnellement, mais de pardonner, de manière générale, les offenses…
… finalement comme Dieu pardonne les offenses.
Or, ce basculement pose problème.
Car enfin, il revient à chacun de pardonner “ceux qui nous ont offensé”… mais de quel droit peut-on pardonner des actes qui ne nous concernent pas directement ?
Et, allons plus loin : que devient ce droit lorsqu’on est patron d’une chaîne de télé ?
Et c’est toute la question de la députée… habilement détournée.
Rappel de base : le pardon, lorsqu’il a lieu, appartient d’abord à la victime.
Il ne peut pas être décrété de l’extérieur.
D’un point de vue spirituel, la question est encore plus délicate.
L’homme peut, à la rigueur, pardonner à celui qui l’a offensé — non pas pour effacer la faute, mais pour se libérer lui-même du poids de cette offense. Mais la miséricorde, elle, ne lui appartient pas. Elle relève de la seule volonté divine.
Dans cette perspective, vouloir « libérer » quelqu’un par un pardon qui ne nous appartient pas revient à court-circuiter un processus plus profond :
Celui de la responsabilité, de la repentance, et de la transformation intérieure.
Dans les temps que nous traversons, il est essentiel que les criminels soient jugés par la justice, et que les institutions — politiques, médiatiques ou culturelles — s’en tiennent à ce cadre.
C’est à l’État, dans l’exercice de ses fonctions régaliennes — notamment celle de rendre la justice — de faire appliquer la loi et de garantir les droits des victimes. Non aux acteurs privés de s’en arroger le pouvoir.
Surtout pas en invoquant la miséricorde ! Miséricorde !
Nous ne saurions trop insister sur ce point.
Si nous, en tant que société — habitants de cette planète — voulons réellement progresser, non pas seulement sur le plan technologique ou économique, mais sur le plan moral et éthique…
Si nous voulons sortir d’une forme de brutalité où les plus vulnérables - nos enfants ! - peuvent être sacrifiés pour satisfaire les instincts les plus bas…
Alors nous devons accepter d’assumer notre part d’ombre. Regarder en face. Nommer. Ne pas détourner le regard.
Le déni, le mensonge, tout ce qui consiste à minimiser ou à couvrir la faute, ne la fait pas disparaître — au contraire. Cela l’entretient. Cela lui permet de se reproduire.
Car une faute que l’on ne reconnaît pas, que l’on ne traite pas, revient toujours.
Dans ce contexte, Vincent Bolloré devrait peut-être s’interroger :
Que perçoivent les victimes d’un tel discours ? Et quel signal est envoyé, en creux, à ceux qui pourraient être tentés de recommencer ?
Enfin, Vincent Bolloré termine en évoquant « ceux qui hurlent avec les loups ». Cette formule interroge : Qui sont ces « loups » ? Ceux qui s’indignent ? Ceux qui rappellent la gravité des faits ? Les victimes elles-mêmes ?
N’y a-t-il pas là un risque d’inversion des rôles, où l’indignation devient suspecte, et où la dénonciation du crime est renvoyée à une forme d’excès ?
Rappelons qu’avec les dossiers Epstein, nous sommes dans ce moment où nous avons le choix : expier nos erreurs (collectivement), ou continuer à protéger les agresseurs…
Ce sont des sujets graves. Et précisément pour cette raison, ils méritent d’être traités avec justesse et responsabilité. A bon entendeur…
A bientôt,
Olivier


