Les symptômes de la possession
Par Dom Gabriele Amorth
Extrait de “Exorcisme et psychiatrie”, p107 à 113, Editions du Rocher
1. En premier lieu, je demande leur avis aux médecins et je lis les fiches médicales. Il est possible qu’il y ait des motifs d’incertitude lors du diagnostic : « On suspecte une forme de… », « Le patient présente des phénomènes atypiques ».
Il faut être attentif, parce que la personne en question ou les membres de sa famille n’hésitent pas à dire que les médecins ne comprennent rien et qu’ils ne savent pas poser un diagnostic. Il ne faut pas oublier non plus que les psychiatres eux-mêmes suivent des formations diverses et peuvent s’exprimer de façon différente.
Parfois, pour comprendre vraiment si les diagnostics sont ou non contradictoires, j’ai recours à un psychiatre. Certains diagnostics génériques, très fréquents, comme « dépression » ou « état dépressif », peuvent parfois cacher l’incompréhension du véritable mal dont le patient est affligé.
J’observe aussi l’effet des médicaments : s’ils sont tout à fait inefficaces ou s’ils aboutissent à l’effet contraire ; par exemple, un médicament peut exciter encore plus. Mais ce résultat, lui aussi, peut dépendre de causes naturelles : c’est pourquoi, seul, il ne signifie rien s’il n’est pas analysé dans une perspective globale.
Je me souviens du cas d’un jeune à qui l’on avait prescrit une cure de sommeil. Après son admission en clinique, pendant huit jours, il n’a jamais pu dormir, ni le jour ni la nuit, malgré le nombre toujours croissant de médicaments qui lui étaient administrés. Soit il restait allongé sur le lit, les yeux grands ouverts, soit il se promenait dans les couloirs, l’air hébété.
Une fois sorti de cette clinique, une bénédiction de son prêtre a suffi pour qu’il puisse à nouveau dormir.
2. Le symptôme le plus significatif est l’aversion envers le sacré, qui peut se manifester progressivement sous des formes si nombreuses qu’il faut être très attentif pour ne pas commettre de méprises.
Je décris cette aversion envers le sacré dans l’ordre de gravité croissante ; il ne s’agit pas d’un ordre strictement progressif, car certaines manifestations peuvent apparaître brutalement.
a) Répugnance à la prière chez des personnes qui ont toujours prié. Il est possible qu’au début, cette répugnance se traduise, au moment de la prière, par des bâillements irrésistibles et une envie irrépressible de dormir.
D’autres fois, au moment de commencer à prier, les personnes perturbées émettent des rots, des quintes de toux continues ou encore vomissent. La tête est ailleurs, si bien qu’il devient impossible de suivre les prières ou les célébrations.
On peut aussi être réduit à ne plus pouvoir prier parce que la bouche est bloquée et ne peut même pas prononcer le premier mot d’une prière, comme un « Ave ». Il arrive également que la bouche et les mâchoires se ferment comme paralysées lorsque la personne s’approche de l’autel pour recevoir l’Eucharistie.
On peut ne plus pouvoir rester dans l’église, ou même ne pas réussir à y pénétrer. C’est très désagréable pour tout le monde, mais plus particulièrement pour quelqu’un qui vit dans un milieu religieux, comme une sœur, par exemple.
b) Sensibilité à l’eau bénite, soit lorsqu’elle est bue à part (elle est immédiatement recrachée), soit lorsqu’elle est mélangée aux aliments. Sensibilité et répugnance pour tout ce qui est bénit : aliments, habits, objets sacrés (images, chapelets, reliques…).
Naturellement, l’eau, les aliments ou les habits sont remis à la personne sans qu’elle sache qu’ils ont été bénits.
À l’impossibilité d’entrer à l’église, ou indépendamment de cela, peuvent s’ajouter des réactions fortes dans des lieux particuliers : sanctuaires marials, contact avec le célèbre collier de saint Vicinio à Sarsina (Forlì), grotte-sanctuaire de saint Michel.
La personne peut subir des malaises allant jusqu’à des pertes de connaissance.
c) Réactions violentes, qui rendent la personne furieuse et agressive, même si, par nature, elle est tout autre. Elle peut se mettre à blasphémer, à briser des objets, à s’en prendre à ceux qui sont présents… et tout cela survient lorsqu’une prière est faite, parfois même seulement mentalement.
Il est fréquent aussi, dans ces cas précis, que la personne ne se souvienne plus du tout de son comportement dès qu’elle a retrouvé son calme.
d) Enfin, le symptôme le plus important : les réactions de fureur de la personne si l’on prie sur elle ou si on la bénit. Souvent, elle se roule par terre, blasphème, devient violente contre ceux qui sont présents ; elle peut changer de voix et faire des choses impensables qui ne correspondent pas du tout à ce qu’elle est.
Mgr Andrea Gemma, évêque d’Isernia-Venafro, écrit dans sa lettre pastorale du 29 juin 1992 — par laquelle il a créé des groupes de prière de libération, sous la responsabilité d’un prêtre :
« C’est seulement après avoir eu recours à ces moyens de manière soutenue que l’on peut passer à l’exorcisme proprement dit. »
Dans de nombreux cas, les réactions aux prières de libération répétées sont l’indice décisif qui permet de voir si l’on a besoin d’exorcismes ; en général, s’il n’y a pas de réactions à ces prières, il ne devrait pas y en avoir non plus aux exorcismes.
3. Je demande également si la personne ressent des troubles bizarres : si elle entend des voix qu’elle est seule à entendre ; si elle a l’impression d’être observée, même si elle est seule dans sa chambre ; si elle sent qu’on la touche ; si elle voit des personnes qui ne sont pas là ; si elle a des moments de paralysie dans le corps, quel qu’en soit l’endroit...
Sur ce point, les médecins auraient certainement beaucoup à dire en ce qui concerne la suggestion et le dédoublement de personnalité, mais la manière dont ces faits sont vérifiés a beaucoup d’importance.
J’ai exorcisé une dame qui, au moment d’aller se coucher, avait l’impression que ses jambes étaient électrisées : des mouvements très puissants secouaient le lit matrimonial et pouvaient durer plusieurs heures, voire toute la nuit. Les médecins ne trouvaient rien et les médicaments prescrits n’avaient aucun effet.
Le mari, suivant les conseils d’un exorciste, se mit à tracer des croix avec de l’eau bénite sur les jambes de sa femme, au moment où les phénomènes commençaient. Les saccades se calmèrent immédiatement, puis cessèrent ; peu après, elles disparurent complètement.
J’ai rencontré un autre cas : celui d’un homme qui, durant la période où on l’exorcisait, restait un certain temps paralysé des jambes (il faut noter que, durant l’exorcisme, il les remuait comme un forcené). Si sa femme lui piquait les jambes avec un clou ou une épingle, il ne s’en apercevait même pas ; mais si elle trempait le doigt dans l’eau bénite et lui touchait les jambes, il avait l’impression d’être transpercé.
4. Je demande s’il y a des faits étranges dans la maison. Car il est possible qu’une maison soit touchée par une infestation ; il est cependant plus courant qu’elle le soit parce qu’une personne infestée y habite. Une fois la personne guérie, les troubles dans la maison disparaissent.
Il peut s’agir de craquements, de coups, de pas, de bruits inexplicables entendus par tous ceux qui sont présents ; d’infestations de poussières ou d’insectes dont on ne comprend pas l’origine ; de portes ou de fenêtres qui s’ouvrent et se ferment toutes seules ; d’objets qui se déplacent ou disparaissent ; d’odeurs dégoûtantes, généralement de brûlé, d’excréments, de soufre, ou encore de viande putréfiée ou d’encens.
On me rétorquera que la parapsychologie étudie ces phénomènes ; mais la manière dont ils se produisent compte beaucoup.
5. J’ai fait allusion à plusieurs reprises à l’importance des modalités qui provoquent ces phénomènes et les accompagnent. Pour cette raison, je demande toujours s’il y a eu un fait particulier, une circonstance initiale ayant déclenché les phénomènes.
Un fait insignifiant peut être suspecté, mais il peut y avoir, à l’origine, un épisode grave que l’ignorance de la personne n’a pas pris en considération.
Par exemple, les phénomènes peuvent avoir démarré après des séances de spiritisme, une visite chez un mage, un cartomancien ou dans une secte satanique ; l’intéressé peut avoir été initié à des pratiques d’occultisme ou de magie. Il peut aussi y avoir eu un litige grave avec menace de vengeance.
Ce sont des faits qu’il faut connaître et évaluer.
J’ai fait la liste des questions les plus générales ; souvent, elles suffisent et il n’est pas nécessaire de toutes les poser.
Si j’estime qu’il y a suffisamment de motifs de suspicion (un seul peut suffire s’il est significatif), je procède à l’exorcisme. C’est seulement ainsi que l’on parvient à la certitude de la présence ou non d’une influence maléfique.
La réaction produite par l’exorcisme doit être prise en considération : à partir du comportement de la personne durant l’exorcisme lui-même ; des réactions qui en découlent dans les jours suivants ; et du comportement au cours de la série des exorcismes, si leur poursuite s’avère nécessaire.
L’exorcisme peut durer de quelques minutes à plusieurs heures ; il n’existe pas de règles définies. Chaque exorciste acquiert des méthodes et des expériences qui lui sont propres.
Il est important de tenir compte des réactions de l’individu, mais des causes occasionnelles peuvent aussi influencer : la cohue des personnes à recevoir, la fatigue du sujet ou de l’exorciste lui-même…
En général, si l’exorciste ne provoque aucune réaction et qu’il n’en ressort aucun effet, cela signifie qu’il n’y a rien de maléfique.
Il est inutile de détailler tout ce qui peut se produire durant un exorcisme : il n’y a pas deux cas semblables. Si une personne est touchée par un mal d’origine maléfique, celui-ci se manifeste parfois immédiatement, avec des réactions violentes ; d’autres fois, il se révèle progressivement, au fil des exorcismes. On a l’impression que le mal doit d’abord se manifester complètement, puis il commence à se retirer jusqu’à disparaître.
Un seul exorcisme suffit rarement. Le plus souvent, une série d’exorcismes est nécessaire et peut durer des années. Cela dépend aussi beaucoup de la collaboration de la personne concernée et de l’aide de ses proches.
Il s’agit naturellement d’une collaboration d’ordre spirituel : vivre dans la grâce de Dieu, prier beaucoup, s’approcher souvent des sacrements, accomplir un véritable cheminement religieux.
Conclusion
Je conclus en répondant à deux questions fondamentales.
1. Parvient-on toujours à la certitude de la présence ou non d’une possession diabolique ?
En général, oui. Dans de rares cas, le doute peut subsister s’il s’agit seulement d’un trouble d’ordre psychique. Cependant, les exorcismes consistent en prières et, pour cette raison, ils n’ont jamais provoqué de dommages.
Je ne puis dire la même chose des traitements médicaux : à plusieurs reprises, des personnes, traitées auparavant par des médecins, avec pour seul résultat d’être intoxiquées et diminuées, ont ensuite eu recours à moi.
2. Parvient-on toujours à la guérison ?
Presque toujours, en un temps plus ou moins long. Et même dans les cas où l’on ne parvient pas à une guérison complète, on arrive toujours à soulager le patient.
À diverses reprises, il nous a été confié que c’est seulement grâce aux exorcismes qu’une personne a eu la force d’aller de l’avant dans la vie.
Mon maître, le père Candida, ne cessait jamais de me répéter, lorsque j’étais découragé par la lenteur de certaines guérisons, que nous, exorcistes, sauvions de nombreuses vies.


