Ces pensées qui ne sont pas les vôtres
Ce que les Pères du désert savaient sur l'esprit humain que la psychologie moderne ignore…
Cher Lecteur,
Deux années de recherches intensives sur la spiritualité m’ont fait aboutir à une conclusion : Dieu existe… le Bon, le Bien, le Beau… Jésus, les anges et le Saint Esprit…
… et le Mal aussi.
Lucifer est une créature de Dieu… ce qui signifie qu’il n’est pas son égal.
La tradition chrétienne (notamment les Pères de l'Église comme Origène, Tertullien, et plus tard Thomas d'Aquin) s'accorde sur une cause fondamentale :
Le refus de se soumettre à Dieu par orgueil.
S’en suit selon John Milton (Le Paradis Perdu, 1667) que Lucifer mènera une rébellion armée contre Dieu, qui est vaincue par l'archange Michel, qui le précipite en enfer.
Sa devise : "Mieux vaut régner en enfer que servir au paradis."
Il ne descendra pas seul, puisqu’on estime (Apocalypse 12:4) qu’un tiers des anges l’aurait suivi sur terre… ce qui fait un nombre suffisant pour nous tourmenter !
Ceci étant dit, le Royaume spirituel lui est à tout jamais interdit.
Voilà donc la Terre… si belle, si parfaite avant l’arrivée de Lucifer… habitée et prise en proie par le Prince de ce monde… qui déteste par dessus tout… les humains.
Heureusement, il ne peut pas tout faire… et à besoin de l’autorisation de Dieu pour exercer son ministère…
Cela peut paraître étonnant, mais dans le livre de Job, Satan doit littéralement demander la permission à Dieu avant de toucher à Job.
Dieu fixe même des limites précises :
“Tu peux l’éprouver, mais tu ne peux pas lui ôter la vie.”
Ce qui soulève immédiatement la question : si Dieu autorise le mal, n’en est-il pas en partie responsable ?
Réponse évidemment : non. Car Dieu nous laisse notre libre arbitre.
Nous sommes les seuls responsables du Mal qui se développe sur Terre, et c’est là que c’est subtil :
Nous ne sommes pas les seuls responsables au sens que le Mal n’a pas une réalité objective et “personnifiée” en la présence des anges déchus…
… mais nous sommes les seuls responsables de laisser le Mal prendre le dessus sur la Lumière, qui elle aussi, prodigue ses rayons bienfaisants dans toute la Création.
On en arrive donc à cette question essentielle :
Comment Satan agit-il ?
Eh bien comme il se prend un peu pour Dieu, pour commencer, il envoie ses démons (anges renversés) corrompre le coeur des Hommes.
Leur mode opératoire - mis à part quelques rares cas de manifestations spectaculaires - se déroule très souvent au niveau du mental supérieur et inférieur de l’Humain…
A savoir là où l’intellect et le psychologique se rencontre.
Le démon repère très vite les failles…
Si une personne est fragile… si elle a de la jalousie… de l’envie… des désirs de pouvoir ou de contrôle… une addiction, etc.
Le démon va s’engouffrer et fonctionner comme une véritable sangsue.
Il a la capacité d’insuffler des pensées dans la tête des gens… et se nourrit de leurs émotions négatives, de leurs basses vibrations…
Arrêtons-nous sur cette idée car elle est capitale :
N’avons-nous pas toujours considéré que nos pensées étaient nôtres ?
C’est évidemment la thèse de la science matérialiste qui considère que la conscience est le fruit de l’opération de l’activité neuronale…
… et donc que la pensée est une des résultantes de cette activité.
Postulat qui n’a jamais été prouvé par ailleurs.
Mais puisque nous sommes entre nous… osons aller plus loin :
Et si la réalité était tout autre ?
Et si, au lieu de les prendre de manière évidente comme nôtres… nous les considérions plutôt comme un mélange d’idées et de pensées…
…dont certaines naissent de notre propre réflexion… d'autres de notre intuition… d'autres encore flottent dans l'air du temps…"
… peut-être même que certaines communiquent d’une conscience à une autre… ou encore nous sont envoyées d’un champ de conscience mutualisé à toute l’Humanité ?
Difficile de trancher à ce stade… ce ne sont que des hypothèses…
Mais si l’une d’elles étaient vraies, il conviendrait de prendre le temps de peser, de considérer et de trier nos idées… comme quand on fait son marché…
… plutôt que de prendre tout ce qui passe, sans précaution.
Les Pères du désert, ces moines qui s’étaient retirés en Égypte et en Syrie aux IIIe et IVe siècles, avaient observé ce phénomène avec une précision remarquable.
Ils lui ont donné un nom grec :
Les Logismoi — les “pensées” qui ne sont pas les nôtres
Logismos (λογισμός) signifie littéralement “pensée” ou “raisonnement” en grec.
Mais pour les Pères du désert - Évagre le Pontique, Jean Cassien, Antoine le Grand - ce mot désignait quelque chose de très précis :
Des pensées parasites qui s’immiscent dans l’esprit sans qu’on les ait invitées.
Évagre le Pontique, au IVe siècle, fut le premier à les classifier systématiquement.
Il en identifia huit catégories principales — qui deviendront plus tard, sous la plume de Grégoire le Grand, les célèbres sept péchés capitaux :
La gourmandise (gastrimargia)
La luxure (porneia)
L’avarice (philargyria)
La tristesse (lypè)
La colère (orgè)
L’acédie - forme de torpeur spirituelle, de dégoût de l’existence (akèdia)
La vaine gloire (kenodoxia)
L’orgueil (hyperèphania)
Ce qui est fascinant, c’est qu’Évagre ne voyait pas ces états comme de simples défauts de caractère. Il les décrivait comme des portes d’entrée — des failles par lesquelles une influence extérieure peut s’infiltrer.
Qu’est-ce que cela signifie pour notre psychologie moderne ?
A ma connaissance, aucun auteur ne s’est réellement plongé dans l’abîme de la pensée au point de conceptualiser un savoir qui distinguerait les pensées internes et externes.
Seuls Jung et Steiner ont franchi ce Rubicon.
Mécanisme de l’attaque démoniaque :
Les Pères décrivaient le processus en plusieurs étapes, avec une précision qui ressemble presque à de la psychologie moderne :
1. La prosbolè — l’attaque, le “jet”. Une pensée surgit, soudainement, sans qu’on l’ait cherchée. “Et si tu faisais cela... Et si tu lui disais... Tu mériterais mieux... Ils ne t’aiment pas vraiment...” C’est le premier contact. À ce stade, aucune faute — la pensée n’est pas encore la nôtre.
2. La syndiasmos — le dialogue. On commence à converser avec cette pensée. On l’examine, on l’entretient, on la retourne dans tous les sens. C’est le moment critique — le moment où l’on peut encore s’en détacher.
3. La palè — le combat. La pensée résiste. Elle insiste. Elle revient. Le combat intérieur commence vraiment.
4. L’aichmalòsia — la captivité. L’esprit est fait prisonnier. La pensée occupe tout l’espace mental. On ne voit plus qu’elle.
5. La pathos — la passion. La pensée est devenue une habitude, une disposition profonde, un trait de caractère. Ce qui était une intrusion est devenu une identité.
Ce que les Pères du désert avaient compris — et que la psychologie moderne redécouvre à sa façon — c’est que nous ne sommes pas nos pensées.
C’est celui qui les observe, qui choisit de leur donner ou non de l’espace.
La liberté ne consiste pas à ne jamais recevoir de mauvaises pensées. Elle consiste à ne pas leur ouvrir la porte.
Mais alors…
Comment distinguer concrètement une pensée qui vient de moi d’une pensée qui vient d’ailleurs ?
Voici quelques marqueurs que l’expérience et la tradition permettent d’identifier :
Les pensées externes ont souvent ces caractéristiques :
Elles surgissent brutalement, sans lien logique avec ce que vous étiez en train de penser
Elles ont une tonalité étrangère — comme une voix qui ne ressemble pas à la vôtre
Elles vous poussent systématiquement vers le bas : la méfiance, la comparaison, le ressentiment, le découragement
Elles sont insistantes — elles reviennent malgré votre refus, comme quelqu’un qui frappe à une porte
Elles arrivent souvent dans les moments de fatigue, de vulnérabilité ou de solitude
Elles vous isolent — elles vous convainquent que personne ne peut comprendre, que vous êtes seul
Les pensées internes, même négatives, ont une autre texture :
Elles s’inscrivent dans une continuité avec votre histoire personnelle
Elles sont reconnaissables — vous pouvez en retracer l’origine
Elles laissent de l’espace au doute, à la nuance
Même douloureuses, elles ne cherchent pas à vous détruire
La distinction n’est pas toujours évidente. Mais avec de la pratique - et c’est ce que les moines du désert cultivaient pendant des années - elle devient de plus en plus nette.
Le simple fait de se poser la question : “Est-ce vraiment moi qui pense cela ?” crée déjà une distance salutaire.
C’est cela, la nepsis — la vigilance de l’esprit.
Voici trois alliés concrets, dans un ordre croissant de puissance :
Le sommeil est souvent sous-estimé. Il permet au mental de se “réinitialiser”, de rompre l’emprise d’une pensée obsessionnelle. Ce n’est pas un hasard si la privation de sommeil est l’une des premières choses qui fragilise notre discernement. Surveiller la qualité de son sommeil, c’est déjà surveiller la santé de son esprit.
La méditation — à condition d’être pratiquée dans un état de calme suffisant — crée cet espace d’observation entre soi et ses pensées. Elle ne chasse pas les logismoi, mais elle entraîne la capacité à les voir sans s’y identifier. Parfois plusieurs séances sont nécessaires avant de trouver le silence.
La prière, enfin, est sans doute l’arme la plus directe. Non pas parce qu’elle nous fait nous sentir mieux — mais parce qu’elle va chercher une force qui n’est pas la nôtre, exactement là où le problème se trouve. Le démon, qui a horreur de la Lumière, ne supporte pas d’être nommé devant Dieu.
C’est peut-être cela, la grande leçon des Pères du désert : le combat spirituel n’est pas d’abord une question de volonté. C’est une question d’alliance.
Sur ce, bonne journée à toutes et à tous…
Olivier
PS : Je devrais recevoir dans les tout prochains jours les Exercices spirituels d’Ignace de Loyola. Je ne manquerai pas de vous partager mon retour d’expérience… Tout est bon pour combattre Lucifer et rester aligner dans la Lumière de notre Père.


