Février 2026
Nous venons d’acheter quelques brebis. L’une d’elles est arrivée pleine. Un matin, surprise, deux agneaux, un mâle et une petite femelle viennent d’arriver au monde. Mère pour la première fois, deux petits pour elle, c’est beaucoup.
Après avoir repoussé la petite femelle et accepté le petit mâle, renversement de situation, le lendemain.
Pas d’autre choix que de se tourner vers le lait maternisé. En avant pour les biberons, et je me retrouve à nourrir le petit mâle. En cette période chahutée, je ne peux m’empêcher de faire le rapprochement avec la symbolique de l’agneau dans les textes sacrés.
Je dois retourner à l’étude. Je n’ai pas tous les tenants et les aboutissants de la richesse de ce qui m’est donné à vivre en cette période.
Pour rajouter des chemins de compréhension, ma santé s’est vue bousculée par divers signes-soucis qui sont venus planter ce décor de la symbolique du corps et de ses messages.
J’ai vécu les dix derniers jours, affaiblie par une forte trachéite où ma voix s’est mise en pause, avec en même temps une infection urinaire doublée d’un problème de la flore vaginale.
Le souffle du son, la vibration de mon Être ne pouvaient plus sortir à l’extérieur de mon corps. Le sexe féminin pouvant être considéré comme la bouche de l’étage inférieur, l’analogie était frappante. De ce côté-là, vu la problématique, ma sexualité étant impossible, rien ne pouvait entrer par cette porte.
Il me restait la respiration en silence et l’écoute. Mon corps me sommait de rester à l’intérieur de moi-même, sans que rien ne puisse le perturber, dans une attention toute particulière. Un essentiel qui jusque-là n’est pas si simple pour moi.
C’est une sacrée période.
Une période sacrée, le sacrifice qui revient dans la boucle n’est donc pas loin.
La synchronique a bien fait les choses : cette mère brebis m’offre sur un plateau l’agneau et pas l’agnelle et surtout son premier-né !
La 10ème plaie d’Égypte surgit dans mon puzzle ontologique. (Se référer à l’Égypte intérieure d’Annick de Souzenelle).
Dans ce texte fondateur du Livre de l’Exode, Dieu somme les Hébreux d’immoler un agneau et d’en appliquer le sang sur le linteau de leur porte pour que l’ange exterminateur (messie aussi en hébreu…) passe au-dessus de leur maison et épargne leur fils premier-né.
En présence de cet agneau, que je nourris avec compassion, qui grandit chaque jour un peu plus, un message se profile. Mon rôle à cet instant est de le faire vivre. De lui donner l’occasion de devenir un bélier paissant paisiblement dans nos prés.
Je ne pense même pas qu’il fera partie de ceux qui nous nourrissent. Je n’ai pas besoin de sacrifice extérieur puisque mon Retournement a commencé depuis quelques années. L’esclavage dans lequel j’avais choisi d’être et l’emprise sous laquelle je m’étais mise se détricotent à vitesse exponentielle dans cette période fortement chahutée.
Mon autel intérieur est bien présent dans ma chair. Régulièrement j’y conduis mes propres animaux dans un acte d’immolation conscient.
Le sang de cet agneau ne coulera donc pas aujourd’hui, ni demain. Il restera dans ses veines pour qu’en miroir mon propre sang puisse nourrir mon arbre de vie. Que cette sève écarlate brille à travers ma peau, rayonnante je serai.
Rayonnante, je le suis déjà. Une nouvelle énergie transparaît sur mon visage. Le germe divin se déploie. Une libération s’annonce chaque matin un peu plus. Étrange période où le monde sombre et malgré tout, je lui souris.
Intelligence de la synchronique. Dans l’infinité des points serrés qui tissent la tapisserie de mon univers, aucun n’est de trop. Les détails superflus n’existent pas. Contrairement à l’humain qui gaspille son temps, son énergie et qui consomme à tout-va dans une gabegie hallucinante, la Vie ne crée que le nécessaire, donc l’indispensable.
Je me suis demandé pourquoi cet événement était arrivé au moment où nous avions changé de race de moutons pour investir dans une race africaine, et précisément celle du Cameroun. La couleur fauve et noire leur confère une caractéristique particulière et chez le bélier une sorte de crinière assez longue lui entoure tout le poitrail avec des reflets cuivrés voire dorés.
Le mythe de la Toison d’Or, chargé de siècles d’aventures initiatiques, vient frapper à la porte de l’étable. Il raconte comment Jason et les Argonautes entreprirent une périlleuse expédition pour rapporter la toison d’un bélier ailé en or, symbole de légitimité royale et de richesse suprême. (voir mythologie grecque).
Ces sagas ancestrales frôlent chacun de nous par certains de leurs aspects savamment distillés en fonction de nos parcours particuliers.
Pour le mien, à cet instant, certains rouages de celle-ci vont être comme des supports sous mes pieds pour continuer à avancer. Confiante.
Symbole solaire et céleste, ce bélier également doué de parole, murmure comme un souffle divin que je n’ai plus besoin de fuir. Porter allégeance à une autorité supérieure en lui sacrifiant sa toison ou la reconquérir telle une héroïne en quête de gloire n’est plus nécessaire.
Je commence à percevoir le pelage d’or qui tapisse mon intérieur. Jour après jour, épreuve après épreuve, des boucles dorées s’entrelacent, de plus en plus denses. Gestante d’une caverne aux mille feux, j’éclaire le chemin qu’il me reste à parcourir.
Riche, je suis. Mais nul besoin d’un dragon pour garder le trésor. Le fantôme de « Smaug le doré » (voir Le Seigneur des Anneaux), mangé par sa cupidité et sa folie de l’accumulation, ne hante pas ce lieu. Ce qui « travaille » mes entrailles est d’une toute autre nature.
Le passage répété dans mes différentes matrices me broie, un peu plus, à chaque fois. Un élixir de plus en plus subtil en découle, me rapprochant à chaque cycle de l’essentiel de mon Être.
Cette synchronique commencée en février prend fin en ce jour de Pâques (Pessa’h)... sans m’en rendre compte, bien évidemment.



Quel beau passage. Le bélier est touchant !