Intoxication aux balivernes
Chronique d’un monde en perte de discernement
Cher Lecteur,
Cela m’arrive, en moyenne, une fois par mois. Une sorte d’intoxication passagère.
Une saturation mentale. Une overdose de balivernes.
D’ordinaire, je préfère ne pas les commenter. Je pars du principe que le mal n’est que de l’incréé, et qu’il ne vaut pas la peine de lui accorder trop d’attention.
Mais voilà… hier, cette sagesse m’a fait faux-bond…
Il faut dire que, du fait de mon activité, je suis particulièrement exposé.
Spiritualité, science, conscience, invisible, quantique, extraterrestres, révélations, canalisations… Le flux est constant.
Aujourd’hui, j’ai ressenti le besoin de vous en parler.
Alors que je menais tranquillement des recherches sur l’objet interstellaire 3I/Atlas — une comète, ou quelque chose qui y ressemble — je suis tombé, non pas sur des données astronomiques, mais sur toutes une prolifération de récits alternatifs.
Vous allez me dire : « Mais c’est une vieille histoire, on n’en parle plus. »
Justement.
Il est souvent bien plus instructif de se pencher sur certains “dossiers” une fois l’agitation médiatique retombée, lorsque le sensationnalisme a disparu et que l’on peut, enfin, examiner les discours à froid.
J’ai donc tiré un fil. Innocemment.
D’abord un article de la NASA. Puis le témoignage d’un voyageur hors du corps.
L’un et l’autre pour décrire la comète comme un objet rare mais sans “bizarrerie”.
Puis voilà le témoignage d’une médium affirmant détenir des informations exclusives sur cette comète… et peu à peu, le glissement s’est opéré.
Il ne s’agissait plus d’une comète, mais d’une conscience plasmique extrêmement évoluée, dotée d’une sagesse millénaire et d’une intelligence hors norme.
Cette conscience ferait partie d’une confédération galactique bienveillante (par opposition aux confédérations malveillantes, cela semble apparemment évident) respectueuse de lois cosmiques intergalactiques et strictement non interventionnistes — tout en étant, paradoxalement, très concernée par notre évolution spirituelle.
Elle serait là pour nous aider à “élever notre vibration”, à harmoniser “les eaux d’en bas et les eaux d’en haut”, et à nous préparer à un événement imminent :
Un Armageddon vibratoire destiné à balayer de la surface de la Terre toutes les créatures non alignées avec la Lumière.
Oula… j’ai déjà entendu ça quelque part… mille fois en fait !
Prenons un peu de recul et que voit-on ?
Déjà dans ce récit, tout se mélange : Sagesses séculaires, références religieuses, notions scientifiques abordées à la va-vite, expériences personnelles intimes.
Le tout tissé dans un ensemble suffisamment complexe pour devenir, de fait, impossible à contredire.
Et comme souvent, l’histoire se conclut par une proposition salvatrice : un atelier permettant à chacun d’accéder à un niveau de conscience supérieur.
Niveau indispensable, bien sûr, pour comprendre ce qui vient d’être exposé…
… et y adhérer.
De deux choses l’une : ou bien je ne suis pas “prêt” (a.k.a pas assez évolué spirituellement pour pouvoir réactiver ces informations de ma mémoire cellulaire)…
… soit il s’agit d’un patch-work de notions mises les unes à la suite des autres dans une élucubration vaguement inspirée par des énergies cosmiques de nature indéterminées.
Je n’aime pas jouer les sceptiques primaires, ni les rabats-joies, mais je dois dire qu’en prenant des cailloux - certes rares - pour des consciences plasmiques bienfaisantes, je me demande si on ne prendrait pas un peu les vessies pour des lanternes.
Peut-être que le plus dérangeant dans tout cela, c’est que ces “hypothèses” sont drapées de vérités universelles, et jamais assorties de la moindre preuve tangibles.
Rappelons d’abord une chose essentielle : tout ce qui est vécu en voyage astral doit être abordé avec prudence. Les voyageurs eux-mêmes le reconnaissent volontiers.
La réalité astrale peut se révéler aberrante, radicalement différente de la réalité physique, et surtout instable, mouvante, parfois même auto-réalisatrice.Autrement dit, ce que l’on perçoit dans l’astral n’est pas nécessairement une réalité objective indépendante de l’observateur. C’est pourquoi la première chose à faire, lorsque vous croisez un éléphant rose dans l’astral, n’est pas de l’interpréter, mais de le mettre à l’épreuve : tenter de le dissoudre, de le détruire, de le modifier… et observer s’il résiste réellement à son élimination du champ de conscience. Ce simple test permet déjà de distinguer une construction mentale d’un phénomène plus autonome.
Par ailleurs, une question s’impose concernant certains médiums qui, sans aucun bagage scientifique, remettent pourtant en cause les conclusions établies par la NASA, tout en affirmant avec certitude être en communication médiumnique avec une supposée conscience plasmique dissimulée derrière l’objet 3I/Atlas.
Sur quoi reposent exactement ces affirmations ? Quelles sont leurs preuves ?
Le fait de ressentir des picotements, des chatouillements aux oreilles ou une sensation subjective de “haute fréquence” constitue-t-il un élément probant permettant d’identifier une prétendue conscience antédiluvienne ?Ou sommes-nous simplement face à une interprétation personnelle, non vérifiée, projetée sur une expérience intérieure ?
En l’absence de critères clairs, de recoupements indépendants et d’une méthodologie minimale, la prudence intellectuelle reste non seulement souhaitable, mais indispensable.
L’auto-validation par un cercle de pairs - tous également intéressés par la vente de livres, de conférences ou d’ateliers - ne suffit pas à donner une quelconque légitimité à un discours.
Une question simple se pose également : comment se fait-il que, du Christ cosmique à Marie-Madeleine, en passant par les Pléiadiens, les Arcturiens ou d’autres civilisations galactiques, le message soit toujours sensiblement le même ?
Dernier exemple en date : une “prophétesse des temps modernes” dont je ne tiens à pas nommer ici, nous transmet un message présenté comme un scoop cosmique absolu, d’une sobriété presque déconcertante : « Je viens en paix. »
Vraiment ?
Lorsqu’un être humain, malgré toutes ses limitations physiques et psychologiques, parvient à rencontrer des entités galactiques, à voyager à des centaines de millions de kilomètres, à dialoguer avec une conscience plasmique d’un autre âge et d’une autre dimension… la seule chose qu’il obtient, c’est « je viens en paix » ?
Avouons-le : c’est décevant.
On aurait pu espérer, a minima, une présentation un peu plus développée. Une indication sur l’origine, la destination, ou ne serait-ce qu’une explication cohérente sur les raisons de cette irruption dans notre système solaire.
Pour compenser, on nous précise que le message était si chargé de beauté qu’un participant a fondu en larmes, et qu’il devait être compris sur différents plans de lecture. Bien sûr.
Depuis des décennies, des personnes affirment être en contact avec des civilisations extraterrestres. On a produit des films, écrit des ouvrages, catalogué des dizaines d’espèces différentes, recueilli des témoignages de contacts prolongés.
Je veux bien tout entendre.
Mais une question demeure, obstinément simple : ne peut-il pas exister des comètes qui se promènent dans la galaxie sans volonté particulière ?
Faut-il absolument que tout phénomène inexpliqué soit porteur d’un sens caché que la science serait, par essence, incapable de comprendre ?
Après tout, nous n’avons observé que très peu d’objets interstellaires. Ce n’est certainement pas à la troisième occurrence que l’on peut établir une loi universelle sur leur comportement.
Et puis, si l’on peut communiquer avec les animaux, les arbres ou même la neige, pourquoi ne pourrions-nous pas communiquer avec les comètes ?
Si le Soleil est conscient, si les planètes le sont aussi, pourquoi pas une comète ?
Tout le reste n’est alors que projection.
Projection d’une humanité en manque de fiction.
Cette dérive ne se limite pas au domaine cosmique.
Récemment, sur les réseaux sociaux, une femme affirmait que l’œil malade du président Macron prouvait qu’il s’agissait d’un clone, déconnecté de la “Lumière source”, encodé par une intelligence artificielle destinée à compenser cette déconnexion.
Preuve avancée : elle avait vu un film au scénario vaguement similaire. Comme chacun le sait désormais, nous vivons dans un film, et les films sont des documentaires.
Là, il ne s’agit plus de spiritualité, mais d’un déni de réalité manifeste.
À quel moment se dira-t-on : non, là, c’est n’importe quoi ?
Nous vivons dans un monde de profonde confusion. Et cela m’attriste car en nous vautrant dans ces mensonges, nous nous détournons la Beauté et la Vérité véritable.
Nos institutions ont été fragilisées par la marchandisation généralisée. Le sacré a été progressivement évacué de nos sociétés occidentales technocentrées et hyper-rationalistes. La science et la technologie ont bénéficié d’un champ libre total, portées par des enjeux financiers vertigineux. Rejeton de ce mouvement, la physique quantique a contribué — bien malgré elle — à bouleverser notre conception du réel.
Le problème, c’est que nombre d’experts auto-proclamés se sont engouffrés dans la faille pour donner corps à leurs fantasmes les plus fous.
À la moindre comète visible dans le ciel, voilà qu’un spécialiste surgit pour expliquer “ce qu’il en est vraiment”, et comment réaliser ce fameux “saut quantique” censé nous faire entrer dans le nouveau monde.
Rappel important : ce n’est pas parce que la matière se comporte à la fois comme une onde et comme une particule que l’on peut, par un simple exercice mental, manifester richesse, amour ou succès — ni même changer d’état de conscience.
Cela n’a, en réalité, strictement rien à voir.
Ce n’est pas parce que certaines choses nous sont invisibles qu’elles n’existent pas. Mais avant de tirer des conclusions extraordinaires, ne conviendrait-il pas d’explorer toutes les explications ordinaires ?
Avant d’appeler un exorciste, on vérifie généralement que la personne n’est pas sous l’emprise de substances. Avant d’en appeler aux forces de l’invisible, il y a beaucoup à examiner dans le visible.
Annick de Souzenelle, pionnière de l’interprétation symbolique du corps, n’a jamais recommandé de soigner les maladies physiques uniquement par la prière.
Il ne s’agit pas de nier la matière sous prétexte qu’on a longtemps nié l’esprit.
Notre monde n’est pas encore suffisamment évolué pour mettre en pratique certains concepts sans discernement. Nous restons profondément ancrés dans une réalité incarnée, soumise à des lois physiques bien réelles.
Le jour où nous disposerons d’une technologie — ou d’une maturité collective — permettant d’élever objectivement notre niveau de conscience, alors peut-être pourrons-nous explorer d’autres plans de manière stable et vérifiable.
En attendant, notre champ de fréquence est celui du monde physique. Et à l’intérieur de ce champ, les choses sont simples : elles sont vraies, ou elles ne le sont pas.
Cela ne signifie pas que d’autres plans n’existent pas, ni que chacun n’a pas la capacité d’évoluer intérieurement. Mais gardons à l’esprit que l’initiation et la révélation sont deux processus très différents, aux effets profondément distincts sur l’âme.
Les rêves, l’inconscient, certaines intuitions suggèrent des interactions avec des dimensions qui nous dépassent. Mais à ce jour, personne ne peut affirmer avec certitude l’origine exacte des messages reçus.
Et au fond, ce n’est peut-être pas l’essentiel.
Car tout est, in fine, réductible à la Source.
Il conviendrait sans doute de passer davantage de temps à travailler sur soi, plutôt qu’à suivre les discours d’experts qui prétendent dévoiler les secrets de civilisations avancées… mais qui, curieusement, n’ont rien de nouveau à nous apprendre.
Un dernier point mérite d’être souligné.
S’arroger de tels pouvoirs transforme instantanément le statut social. On passe de “pas grand-chose” à “personne importante”, de simple individu à “émissaire spécial”, dépositaire d’un savoir supérieur.
Et ce saut-là fonctionne à merveille.
Il est évidemment plus gratifiant de se présenter comme ambassadrice d’une confédération galactique, entretenant une relation privilégiée — parfois quasi amoureuse — avec un être extraterrestre charismatique, que comme employé de bureau, même dans une université.
Les réseaux sociaux excellent dans cet art de la confusion. Ils transforment des comètes en consciences cosmiques, des spéculations en révélations, et des personnes vaguement connectées à leur imaginaire en “channels” entre les mondes.
Tout repose sur la capacité d’émerveillement du public. Mais l’esprit d’enfant n’est pas synonyme d’absence de discernement.
Et c’est là toute la subtilité.
Le Père Noël n’existe pas dans notre réalité physique. C’est un personnage imaginaire.
Et pourtant, il existe bel et bien quelque part, dans ces plans symboliques où les formes-pensées et les égrégores prennent consistance.
Donc oui, le Père Noël existe… mais pas ici.
Et surtout, personne n’a encore prétendu communiquer avec lui.
Espérons que certaines limites finiront, elles aussi, par être respectées.
J’ai dit ce que j’avais à dire. Merci pour votre attention. La parenthèse est refermée !
A bientôt,
Olivier



ohhhhh I hear you